Quant la Scientologie recrute grâce à un test de personnalité sur Internet.

La Scientologie investit Internet pour recruter de potentiels adeptes. Sur le moteur de recherche Google, «l’Oxford Capacity Analysis » truste les premières places du référencement. Ce test fait partie de la stratégie de séduction 2.0 de l’Eglise de Scientologie, qui fait parti des 173 mouvements identifiés comme sectaires par le rapport de la Commission d’Enquête Parlementaire sur les sectes rendu le 22 décembre 1995.

Une simple navigation sur Internet à la recherche d’un test de personnalité peut mener à l’un des mouvements sectaires considéré comme un des plus dangereux en France. En tapant les mots-clés « test de personnalité » sur Google, le moteur de recherche plébiscité par 67% des français, l’internaute lambda va se retrouver sur la page d’une mystérieuse « Oxford Capacity Analysis » (OCA). Rien à voir avec la prestigieuse université britannique, il s’agit en réalité d’un test proposé par l’Association Spirituelle de Scientologie, qui ne mentionne son nom qu’écrit en tout petit. À travers 200 questions où il faut répondre par « oui », « non » ou « peut être », la Scientologie promet de « déterminer de façon précise les traits de votre personnalité ». Elles tournent autour de trois thèmes principaux : l’opinion sur soi-même, la perception par l’entourage du sujet et la vision de la société. Le test surprend avec quelques questions farfelues comme « feuilletez-vous des indicateurs de chemin de fer, des annuaires ou des dictionnaires rien que pour le plaisir ? » à la troisième question. Le suicide est abordé sur le même ton « cela vous demanderait-il un effort certain que d’envisager l’idée du suicide ? ». Tout comme la thématique du rapport aux enfants : «  useriez-vous de châtiment corporel sur des enfants de dix ans s’ils refusaient de vous obéir ? ».

Un résultat « toujours négatif »

Après cet exercice fastidieux puisque certaines questions se répètent, un scientologue appelle le potentiel « client » sur le numéro de téléphone qu’il a été obligé de laisser pour valider le test. Il sera prié de se rendre dans un centre de l’Eglise de Scientologie, comme le Celebrity Center dans le 17ème arrondissement, pour analyser avec lui les résultats du test. Mieux vaut ne pas être claustrophobe : l’entretien dure en général plus d’une heure dans une salle surchauffée de 5m2. Le scientologue présente un graphique tiré du test, avec 8 axes de personnalités. Selon Roger Gonnet, ancien adepte et dirigeant de la branche lyonnaise de la Scientologie de 1974 à 1982 «  le test est toujours négatif, à part un ou deux points. Parmi les milliers de personnes que j’ai reçu en entretien lorsque j’étais scientologue, je n’ai rencontré qu’une seule personne avec un test positif, et je soupçonne qu’on lui ai soufflé les réponses ». Après l’entretien, le potentiel « client » se voit proposer de suivre des séminaires ou d’acheter des livres de Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie en 1950. Selon la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires), « Tout est fait pour vous faire dévoiler votre vie privée à travers les questions du test. Le résultat est toujours le même : au fond, vous êtes le meilleur, mais votre graphique est négatif car des éléments gâchent votre potentiel, et la Scientologie est là pour en profiter. »

Un « test bidon »

Selon l’expert psychiatre Patrick Barillot, « Ce tes est bidon. Ils ont raison quelque soit la réponse que vous donnez. Les questions sont tournées de manière à chercher un malaise sur vous et à l’exploiter. » Ce médecin considère que ce test n’est pas exploitable car fondé sur rien , sachant qu’on ne répond jamais vraiment sincèrement à ce genre de test : « les gens sont friands des tests du style « qui suis-je ? , et la Scientologie exploite cette faille». Pourtant, le porte-parole de la Scientologie, Eric Roux, se défend de tout charlatanisme : « Le test OCA tel qu’il est utilisé par les scientologues, l’est dans un cadre strictement religieux », ajoutant que « à aucun moment le test n’a été présenté comme relevant de la psychologie moderne. Les gens qui viennent pour s’entretenir au sujet de ses résultats sont dans une Eglise de Scientologie, le savent, et les membres permanents ne se présentent absolument pas comme des psychologues mais comme des scientologues. »

Internet, outil de prédilection de la Scientologie

«  Internet fait partie de la stratégie interne de la Scientologie, ils ont des informaticiens de très bon niveau. Il est impossible que ce soit l’algorithme Google qui ait placé le test de personnalité de la Scientologie à la première place » selon la MIVILUDES. Dans son rapport 2007, la mission interministérielle soulignait la tactique numérique de la Scientologie, ayant investit l’espace virtuel comme nouveau terrain de propagande. Géraud de Veyrac, consultant webmarketing SEO/SEM/SMO chez la société 1ère Position, explique que « la Scientologie a acheté les mots clés « test de personnalité » et même « test de personnalité gratuit » pour les résultats en surbrillance. Ces ventes se font aux enchères entre sociétés en général ». Le consultant estime le prix de cette enchère à 0,4 euros le clic, sachant que la requête « test de personnalité » a été lancée près de 100 400 fois en moyenne par mois. Une somme importante donc, mais pas excessive comparée aux dépenses que la Scientologie consacre à sa publicité aux Etats-Unis, pays où elle est considérée comme religion depuis 1993 : «  Le mois dernier durant le SuperBowls, la Scientologie a dépensé plus 8,5 millions de dollars pour une minute de publicité télévisée ».

L’envers du décors

La MIVILUDES regrette ne pas pouvoir comptabiliser les personnes qui adhèrent à la Scientologie via ce test. Alors que la Scientologie elle même avance le pourcentage de seulement 5%, il est probable que la technique de séduction scientologue par ce test augmente grâce à Internet, en comparaison à l’époque où les test n’étaient que distribués sous forme de tract dans la rue. Roger Gonnet raconte que « le test OCA est truqué. Les réponses ne correspondent pas aux lignes du graphique. De plus, certaines questions valent plus de points que d’autres, comme celle relative au suicide qui vaut 6 points. » Selon cette figure de proue de la lutte antisecte, « ce test a été élaboré par Ron Hubbard probablement selon sa propre analyse de lui même et ses idées préconçues. Il se haïssait lui même et partait du principe que tout se mesure. » Au delà du racolage effectué par la Scientologie, Roger Gonnet met en garde contre ce test qui est encore distribué à la sortie de certains métros comme la Gare Saint Lazare. Si auparavant, il suffisait de ne pas répondre aux sollicitations dans la rue, le piège scientologue est désormais à éviter sur le Net.

Par Claire Estagnasié ( corrigé par Patrice Trapier, rédacteur en chef adjoint du JDD )

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