Quel est le véritable bilan des ZSP ?

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Le 12 mai dernier, Manuel Valls déclarait à propos des Zones de Sécurité Prioritaires dans un entretien au Parisien-Aujourd’hui en France : « la méthode est la bonne, les premiers résultats sont là ».

Des premiers résultats certes.…Mais incomplets. Objection !

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Manuel Valls et Christiane Taubira

C’était le 52ème engagement de François Hollande : «  je créerai des zones de sécurité prioritaires (ZSP) où seront concentrés davantage de moyens ». Par la circulaire du 30 juillet 2012, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, définit un peu plus précisément les ZSP comme des « territoires ciblés dans lesquels des actes de délinquances ou d’incivilité sont structurellement enracinés ». Une définition relativement imprécise pour évoquer une concentration des moyens de sécurité, avec une mise en œuvre localisée et adaptée à chaque situation : « à l’aide d’effectifs supplémentaires et d’une coordination renforcée entre l’ensemble des forces de sécurité compétentes sur un territoire, la justice et les partenaires locaux ».

Quels sont les premiers résultats revendiqués par Manuel Valls ?

Positifs mais …

Depuis septembre 2012, les 15 premières ZSP sur les 64 prévues ont été mises en place : à Paris 18e, à Seine-Saint-Denis (Saint-Ouen et Saint-Denis), dans les Yvelines (Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Ville), dans l’Essonne (Corbeil-Essonnes), dans la Somme (Amiens), dans le Nord (Lille), dans l’Oise (Méru et Chambly), la Moselle (Fameck et Uckange), le Bas-Rhin (Strasbourg), le Rhône (Lyon 9e), les Bouches-du-Rhône (Gardanne et Bouc-Bel-Air), Marseille (3e, 13e, 14e, 15e et 16e), le Gard (Vauvert et Saint-Gilles), l’Hérault (Lunel et Mauguio), et enfin la Guyane (Cayenne, Matoury, Rémire-Montjoly). Aux quatre coins de l’Hexagone donc, et même en Outre-mer. 1 ,7 millions de Français vivent donc dans une ZSP.

Alors qu’il reste 49 ZSP à créer d’ici septembre 2013, en particulier dans le Nord et le Sud de la France, dresser un bilan au bout de quelques mois ne peut être qu’incomplet.

En effet les statistiques de la délinquance se comparent d’une année à l’autre, et ce n’est pas au bout de quelques mois que les résultats peuvent être probants, surtout à l’échelle d’une commune. De plus, les ZSP ont pour but «une politique ciblée de la délinquance » en fonction des zones géographiques. La délinquance désignant «  l’ensemble des infractions et délits commises dans un pays donné pendant une période déterminée », l’imprécision même du projet empêche de mesurer de manière fiable la baisse de ce phénomène. Son objectif, outre la répression, est aussi de mettre l’accent sur la prévention de la délinquance.

Pour l’instant, les seuls résultats sont à l’échelle locale, et que sur une unique catégorie de délits. Par exemple, 83 % de trafics supplémentaires ont été démantelés à Saint Ouen, ce qui est affiché comme un succès de la ZSP. Or on a comptabilisé plusieurs tentatives de meurtres et meurtres à l’arme blanche (notamment un homme tué aux puces le 31 mars 2013) depuis la création de cette zone. Même raisonnement pour les ZSP de Vauvert et Saint-Gilles dans le Gard où les cambriolages ont diminué de 28 %, mais quid des autres infractions ? Ou encore dans le quartier des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, où plus de 30 vols avec violences ont été réprimés : mais qu’en est-il des autres types de vols ?

Un effet plumeau : la violence se déplace

Certes, Manuel Valls justifie ce calcul par l’extrême personnalisation de ce dispositif dont « le principe, c’est la souplesse ».  Mais associer une commune à un type de délits qui y serait « enraciné » selon les mots du ministre, revient à stigmatiser des zones entières, avec toutes les conséquences économiques imaginables (perte d’attrait par les entreprises, perte d’attractivité pour les habitants, etc..).

D’autre part, comme le remarque Frédéric Lagache, secrétaire général du syndicat de police Alliance, dans un entretien accordé au Figaro: “Les voyous, qui ne sont pas fous, s’adaptent en sévissant juste à côté. Ce jeu du chat et de la souris démotive les fonctionnaires et renforce le sentiment d’impunité des caïds“. La délinquance pourrait s’être déplacée dans le quartier juste à côté. L’argument de l’ « effet plumeau » a déjà été dénoncé pour démontrer l’inefficacité des caméras de vidéosurveillance. Aussi appelé « effet splash » sur la délinquance, désignant un transfert de la criminalité, il n’est pas chiffré mais existe. Par exemple, la moitié des prostituées du quartier (la quasi majorité étant sans papiers donc en situation irrégulière) de Stalingrad dans le 19ème arrondissement de Paris ont fui ce secteur suite à une hausse des contrôles de police, selon le préfet de police Bernard Boucault. Certes, mais il est peu probable qu’elles aient cessé de se prostituer du jour au lendemain, sachant qu’une grande majorité d’entre elles est soumise à des réseaux proxénètes. Elles se sont donc déplacées vers d’autres quartiers.

Enfin, alors que près de 2 500 policiers sortiront des écoles l’année prochaine contre 500 l’année dernière, leur nombre reste toutefois insuffisants pour gérer les 64 ZSP en même temps. Même si un fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) a été complété de 3 millions d’euros qui seront directement destinée aux ZSP.

Claire Estagnasié pour Présumé Innocent

 

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