Les crèches, trophée ( presque exemplaire ) des Tiberi dans le 5ème

En matière de garde d’enfants, le 5ème arrondissement de Paris serait-il l’exception qui confirme la règle ? Alors qu’en France, une majorité de parents peinent à dénicher une crèche susceptible d’accueillir leurs bambins, aux abords du Panthéon, « 100% des familles qui le demande ont une place », jure Dominique Tiberi, fils du maire sortant, et candidat à la succession de son père.

Une rareté nationale.  A l’échelle du pays, la crèche est une des solutions de garde les  moins« accessibles »  : 56% des familles souhaitant  en bénéficier n’obtiennent pas de place, selon uneétude  récente de la Cnaf  (Caisse nationale des allocations familiales). Et à Paris la situation est encore plus critique, avec 33.000 places pour près de 100 000 enfants de moins de 3 ans.

« Les places en crèche dans le 5ème arrondissement, c’est un cas exceptionnel dans Paris »,reconnaît Dominique Tiberi. Mais « nous n’avons pas de liste d’attente », assure-t-il. L’objectif de campagne du candidat dissident UMP est donc de maintenir le niveau d’équipement de l’accueil des enfants en bas âge hérité de son père, Jean Tiberi.

Avec deux lits pour trois enfants nés dans l’arrondissement, le 5ème  est régulièrement cité en exemple. Mais l’arrondissement est-il réellement, cette île aux enfants, que revendiquent les Tiberi ?

La crèche municipale Lacépède, dans le 5ème arrondissement

La crèche municipale Lacépède, dans le 5ème arrondissement

D’abord, avec près de 900 berceaux pour seulement 61.000 habitants, le 5ème fait bien parti des mieux lotis de la capitale. Mais il n’est pas numéro 1 ! Le 4ème, grâce à ses 500 berceaux pour seulement 28.200 habitants, est de loin l’arrondissement est le mieux choyé : il totalise en effet 1 berceau pour 55 habitants, contre 1 pour 69 dans le 5ème. Une réalité qui tranche avec les   »100% de places », revendiqués par Dominique Tiberi, ou les propos d’Anne Hidalgo qui avait déclaré en janvier sur i-Télé que « Paris manque de places, sauf dans le 5ème  ».

En pratique, il n’est pas non plus si simple pour toutes les familles du quartier de trouver leur bonheur. Devant la crèche municipale de la rue Lacepède, Joris, plasticien de 35 ans est venu chercher son bébé de six mois. Il raconte avoir eu des difficultés à trouver une place : « nous avons dû attendre 3 mois avant de trouver une place. J’ai même envisagé mettre mon activité professionnel entre parenthèse pour m’occuper de mon fils. Heureusement nous avons fini par obtenir un berceau, pas comme un couple d’amis dans le 5ème qui a dû déménager à Fontainebleau faute de pouvoir faire garder leur enfant à Paris ». Une situation qui peut s’expliquer selon Dominique Tiberi par le fait que « les places se libèrent en septembre lorsque les enfants qui ont trois ans vont en maternelle. Pour ceux qui arrivent en cours d’année, c’est parfois difficile ».

«  Les crèches dans le 5ème, un non-problème »

Au Parti Socialiste, on parle surtout de « clientélisme » dans l’attribution des places de crèches. François Beaujeu, secrétaire général du PS dans le 5ème, cite un exemple : « en 2007,  un de mes proches voulait une place en crèche dans le 5ème. Après plusieurs refus sous prétexte qu’il n’y avait pas de places, il a fini par mettre en avant sa parenté avec une universitaire de renom du quartier. Et là on lui a répondu «  ah mais il fallait le dire tout de suite ! » et il a obtenu sa place en crèche ». Des pratiques réfutées par la famille Tiberi : « comment pourrait-il y avoir du clientélisme puisque nous n’avons pas de liste d’attente ? « 

Argument irrecevable, répond Louis Lefèvre-Utile, colistier de la candidate PS dans le 5ème Marie-Christine Lemardeley. Selon lui,  »les places en crèches dans le 5ème sont un non-problème. Beaucoup de familles aisées ont les moyens de se payer une nounou à domicile. De plus, la population de l’arrondissement est vieillissante ».

Pour Louis Lefèvre-Utile,  « le problème à Paris, ce sont les disparités entre les arrondissements : nous avons ici dans les crèches du 5ème des enfants de familles du 6ème par exemple». Ces disparités se sont atténués depuis les années 2000 grâce à des créations de crèches dans les arrondissements en bordure de Paris. Mais elles persistent toujours. Dominique Tiberi raconte : « Brigitte Kuster, la maire UMP du 17ème arrondissement, se plaignait récemment que près de la Porte Maillot, seul un enfant en bas âge sur 10 a une place en crèche ».  Et les quartiers les plus touchés par ces disparités sont loin des allées soignées du Jardin des Plantes, remarque-t-il : ce sont ceux du Nord et de l’Est de la capitale…

Claire Estagnasié pour Paris5sur5