Pourquoi avoir un 2e enfant est plus difficile à gérer pour les mamans que pour les papas

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Avoir un deuxième enfant est difficile à gérer pour les mamans.
Avoir un deuxième enfant est difficile à gérer pour les mamans.

A l’arrivée du deuxième enfant, 40% des hommes contre 65% des femmes sont susceptibles d’être moins heureux dans la première année ou deux après la naissance. C’est en effet à ce stade de la vie du couple que certains effets de spécialisation des rôles conjugaux s’affirment.

Atlantico : Une étude du National Opinion Research Center de l’Université de Chicago a mené une étude sur le degré de bonheur des foyers américains, en fonction de leur situation de famille et financière. Il ressort que l’impact à court terme du premier enfant est environ le même pour les hommes et les femmes (60% éprouvent un sentiment de bonheur). A l’arrivée du deuxième enfant, 40% des hommes et 65% des femmes sont susceptibles d’être moins heureux dans la première année ou deux après la naissance de leur deuxième enfant. Comment expliquer cette transition ?

Benoit Bastard : Dans un monde où la plupart des enfants sont désirés, il est naturel de penser que la naissance d’un enfant, le premier, le second, etc. peut constituer un bonheur pour les parents. Or les choses sont plus compliquées que ça. Cette étude qui suit la population des Etats-Unis à travers le temps montre qu’un tiers des parents, hommes et femmes, considère que la  naissance de leur premier enfant va de pair avec une amélioration de leur bien-être, comme si cela contribuait à leur épanouissement. Pour un second tiers, cela ne change rien. Quant au troisième tiers, il s’agit de parents qui se considèrent moins heureux – sans doute parce que les tâches et les réorganisations qu’impose la naissance d’un enfant sur le plan matériel et affectif leur sont difficiles à réaliser.

Mais les choses changent avec le deuxième enfant, singulièrement pour les femmes : pour un quart seulement d’entre elles, cette naissance s’accompagne encore d’une amélioration de leur bonheur perçu, et pour plus de 40 % les choses vont moins bien – un pourcentage considérable ! Tout se passe comme si la transition d’un enfant à deux enfants était difficile. Comment l’expliquer ? On peut penser que la naissance de ce deuxième enfant joue comme un révélateur. Les choix contraignants qui sont réalisés sur le plan pratique et économique, à ce moment précis, ne se font-ils pas au détriment des femmes qui sont amenées à prendre plus que leur part de l’accroissement de la charge parentale ? Non seulement il faut tout reprendre du travail d’élevage du petit enfant – même si les femmes et les couples ont acquis à cet égard une certaine maîtrise à la faveur de la première naissance – mais encore, c’est à ce stade de la vie du couple que certains effets de spécialisation des rôles conjugaux s’affirme – avec généralement l’accord des deux partenaires mais pas forcément dans un sens satisfaisant pour les femmes. C’est sans doute ces difficultés que les femmes ressentent et qu’elles se montrent capables d’exprimer dans l’enquête américaine.

Pourtant, il n’y a pas plus de dépression post-partum après le deuxième enfant qu’après le premier ou ceux d’après. Comment justifier dès lors cette baisse du sentiment de bien-être chez les femmes ?

Ce que souligne l’étude, c’est qu’il ne s’agit pasen l’occurrence d’un mal-être sur le plan psychologique et personnel, mais davantage un effet structurel et d’organisation de la vie des parents. On sait aussi que l’arrivée d’un premier enfant est quelque chose qui bouleverse la vie affective et intime des couples et crée parfois des tensions entre les partenaires jusqu’à provoquer des ruptures. Mais, en l’occurrence, ce n’est pas de cela qu’il s’agit non plus – les femmes en question ne se disent pas moins satisfaites de leur relation conjugale, au contraire même.  Ce dont il s’agit ici, c’est bien du retentissement des changements qui affectent la vie quotidienne, les tâches, la satisfaction à l’égard de la vie du ménage.

Les pères ont à peu près le même niveau de bonheur après le deuxième enfant. Qu’est ce que cela indique sur la paternité aujourd’hui ?

La différence est saisissante entre les opinions des hommes et des femmes. Tout se passe comme si la deuxième naissance avait les mêmes effets que la première pour les hommes – avec un gros tiers d’entre eux qui considèrent que ce n’est « que du bonheur ». En pratique, la deuxième maternité de leur compagne ne change pas davantage la vie des hommes que la première ne l’a déjà fait. Ils ont dû changer leurs habitudes pour prendre en considération la présence d’un enfant, mais la venue du second ne bouleverse pas plus profondément leur existence. Ils augmentent sans doute, un peu encore, les prestations qu’ils offrent sur le plan parental et domestique. Mais au fond, leur vie ne change pas – avec la dominante du travail professionnel qui s’affirme encore un peu plus à cette occasion. Ils confirment qu’ils sont les principaux pourvoyeurs des ressources économiques – même si l’écart des positions professionnelles des hommes et des femmes est aujourd’hui dénoncé et combattus. On peut ainsi trouver, dans les chiffres présentés – une proportion  très faible d’hommes qui se disent moins heureux après la deuxième naissance –  un signe du fait que la valorisation de soi des hommes passe de plus en plus par une parentalité épanouie.

A l’arrivée du deuxième enfant, 53% des femmes sont moins satisfaites de la situation financière du foyer contre seulement 18% des hommes. Pourtant, le matériel d’équipement pour le premier enfant a déjà été acheté, l’organisation de la famille ( temps partiels par exemple). N’est ce pas paradoxal?

L’arrivée du deuxième enfant implique des choix qui ne se limitent pas à une question d’équipement. Sans préjuger des facteurs en jeu dans l’étude américaine, on peut indiquer que le taux d’activité des femmes, en France, chute de 20 points entre le premier et le deuxième enfant. Avec deux enfants, seulement 60 % d’entre elles ont une activité salariée, et encore, seulement 30 % à temps plein. Les femmes n’aiment pas moins leur deuxième enfant, mais elles sont peut-être aujourd’hui davantage capables de ressentir et de dire, malgré les pressions qui continuent de s’exercer quant à la spécialisation des rôles parentaux, que les conséquences de cette deuxième naissance ne leur sont pas forcément agréables.

Cette différence de perception de la parentalité entre hommes et femmes est-elle le marqueur d’une trop grande pression sociale sur les mères ?

L’insatisfaction très forte qui transparait dans l’étude américaine – et il faut se garder de transposer les résultats à la France, car nous n’avons pas, à ma connaissance, d’étude équivalente – suggère à quel point les rapports hommes-femmes sont pris dans des tensions lorsqu’il s’agit de la parentalité. D’un côté on veut l’égalité, la parité, un plus grand investissement des hommes dans la sphère domestique et dans l’éducation des enfants. De l’autre, les choix faits, de façon plus ou moins consciente, plus ou moins négociée aussi, continuent de renvoyer aux femmes le fait qu’elles sont les meilleures personnes pour s’occuper de leurs enfants – une image dont elles ont beaucoup de mal à se départir elles-mêmes. Il est remarquable que cette étude fasse précisément apparaître que ce rôle maternel, assigné aux femmes et qu’elles continuent souvent de revendiquer, ne leur donne pas toute satisfaction, loin de là.

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